Jeudi 17 septembre, 13h.
Je suis au téléphone avec Delphine. Un deuxième appel entre. Je lui dis : « Delph, ma chérie, je dois raccrocher, je dois absolument prendre cet appel. »
Je ne lui dis pas de quoi il s’agit.
Ce jour-là, au téléphone avec Delph, on ne parle pas de mon projet. On se donne des nouvelles, on parle de sa vie à elle, de ce qu’elle traverse en ce moment. Rien à voir avec un projet d’entreprise vieux de 23 ans.
Et pourtant.
Je ne crois pas aux coïncidences. Pour comprendre pourquoi c’est précisément elle qui est au bout du fil à ce moment-là, il faut remonter 23 ans en arrière.
2003. Maman quitte son corps, après quatre ans de maladie.
À cette époque, je vis à Barcelone depuis octobre 1998, arrivée juste après la coupe du monde de juillet 98 avec Zizou — tu te souviens ?
Un jour, je me promène avec Delph dans les rues de Barcelone. C’est sur la calle Marina que je lui dis : « Un jour, j’ouvrirai un … »
Je ne te dis pas encore quoi. Je te le dirai le jour où j’ouvrirai la porte.
Elle et moi, à l’époque, sommes dans le milieu de la mode. Nous parlons le même langage spirituel, et dans ce monde-là, nous sommes définitivement des outsiders.
Puis la vie continue. Les fiestas entre potes le week-end, les voyages avec les collections, les heures interminables à bosser jusqu’à l’épuisement, les défilés, les avions pour voir les clients, une relation toxique et asymétrique d’emprise affective destructrice, les milliers de kilomètres en voiture avec les collections à montrer, mon tout premier voyage en Inde — seule, ce voyage que maman et moi nous étions promis de faire ensemble — qui tire la sonnette d’alarme.
Puis le gros burn-out.
Le reiki depuis mes 12 ans. À partir de mes 16 ans, j’étudie à côté de ma « carrière » tout ce qui me passionne vraiment : les médecines douces, le parcours de thérapeute holistique, les massages thérapeutiques, les fleurs de Bach, le yoga, la méditation, le vipassana, et bien d’autres.
Mais à ce moment-là, je ne me sens absolument pas légitime pour exercer professionnellement.
Et puis remets-toi dans le contexte : à l’époque, je suis la beatnik. La nana qui sort en soirée, en rave party, qui ne se drogue pas mais qui danse jusqu’à 8h du mat’ non-stop, et qui parle d’énergie, de plantes, de spiritualité, de méditation, de médecine ayurvédique et compagnie.
2009. Un grave accident en danse — parce qu’à côté, je danse le flamenco en semi-professionnel depuis des années — me stoppe net. Une deuxième fois.
Je me retrouve à ne plus pouvoir marcher. Je perds l’usage de mes jambes, suite à une hernie discale non décelée à temps. Un mois d’hospitalisation, complètement droguée par le corps médical. Six mois pour réapprendre à marcher.
Je prends le temps de prendre une décision. Rentrer en France, mais pas pour longtemps.
Fin 2010, je rentre à Paris. En février 2011, je m’expatrie en Inde. Je me forme, j’enseigne, je dépose mes lourdes valises, je soigne beaucoup de blessures.
C’est au retour de ce voyage que je rencontre celui qui partage encore ma vie, le papa de ma fille.
Ce qui suit tient en quelques lignes, alors que ça a duré dix ans : différentes villes de France, la Chine, le Brésil. Et à chaque fois, je recommence. Nouveau cabinet d’accompagnement thérapeutique, nouvelle clientèle, nouveaux cours de yoga. Au Brésil, j’ouvre même mon propre studio de yoga et espace de thérapies.
De l’extérieur, ça peut paraître génial, presque cinq ans au Brésil. Ma réalité fut tout autre.
Je mourais à petit feu.
Je pose un ultimatum à mon couple : on va s’installer en Espagne.
Cela faisait dix ans que je voulais revenir vivre ici, sur la terre de mes racines. Et partout où j’avais posé mes valises, ce n’était jamais ni le lieu, ni le moment pour ce projet né en 2003, après le décès de maman.
Je manifeste notre vie en Espagne, jusqu’aux caractéristiques précises du lieu où poser nos valises.
Le miracle arrive une semaine plus tard.
Ma fille et moi atterrissons en août 2025.
Je te mentirais si je te disais que tout a été parfait tout de suite. Tout s’est mis en place au moment juste — même quand il me semblait que non. Mais il m’a fallu traverser trois mois de nuit noire avant de renaître de mes cendres et de me retrouver.
Puis un an de recherche. Un appartement en location longue durée, vide de meubles, qui accepte les animaux, et avec une pièce en plus pour y ouvrir mon espace de consultations. Je le trouve de façon totalement magique fin mai 2026, pour y entrer le 1er juin.
Et fin mai, exactement au même moment, je rencontre une femme qui accompagne les entrepreneurs. Elle me parle de trois pépinières d’entreprises, dont une qui te verse une bourse et t’accompagne trois mois et demi en mode accélérateur pour construire ton entreprise. Elle me dit qu’elle m’envoie un mail avec toutes les infos.
Puis je suis embarquée dans le tourbillon du déménagement, en plein été, de juin à août.
Je perds le mail.
Tout l’été, pendant que j’ouvre mes 400 cartons et que je jette plus de la moitié d’une vie dans les bennes, je demande à Dieu que cette femme me recontacte. Je n’ai plus ni son mail ni son numéro. Et je voulais candidater.
Et puis, à force, je me suis dit que non. Qu’après 23 ans à porter ce projet, ce n’était peut-être plus la peine d’y penser. Que c’était peut-être trop ambitieux. Que ce n’était peut-être pas mon chemin. Que je m’étais peut-être trompée depuis le début.
Que je devais peut-être laisser tomber ce rêve.
Fin août, je reçois son mail. Tombé du ciel. Elle me demande si je vais bien, et si j’ai envoyé ma candidature.
Dossier complet à rendre avant le 3 septembre, 23h59.
Dans la nuit du 1er septembre, à 1h00, mon mail part.
Le 4 septembre, un numéro inconnu m’appelle. Je ne réponds pas. Un second appel arrive immédiatement. Je décroche. « Alma, ta candidature est présélectionnée pour les cinq jours du processus de sélection. »
Cinq jours condensés pour apprendre une multitude d’informations en express, présenter ton projet, et comprendre ce qu’il te faut concrètement pour qu’il devienne une entreprise viable, rentable et durable.
Et nous revoilà jeudi 17 septembre, 13h. Delphine au téléphone, 23 ans plus tard. Le deuxième appel qui entre.
« Alma, tu fais partie des 10 candidats sélectionnés pour la Xème édition de la BEE. Tu as beaucoup apporté au groupe pendant ces cinq jours, ton projet est solide, et nous voulons t’accompagner pour faire émerger ton entreprise. »
Tu te rends compte ?!
23 ans que je mûris un vrai putain de projet de cœur. Je suis sur le point de baisser les bras. Et voilà que la vie me dit : « Alma, maintenant, c’est le moment. Prépare-toi à vivre 12 semaines ultra intenses pour faire émerger ce rêve qui t’habite depuis ce jour-là, il y a 23 ans. »
J’ai traversé des tsunamis. Il y a eu des moments où j’ai été mise à terre au point de ne plus vouloir être là – [Si tu es en train de lire ça depuis cet endroit-là — celui où l’on ne voit plus la sortie — la première chose, c’est de ne pas rester seule avec ça, maintenant : parle à un proche, à ton médecin, ou appelle les numéros gratuits, anonyme. Et le jour où tu sens que tu es prête, prête à faire de ce point d’inflexion un nouveau départ — c’est exactement l’endroit où j’accompagne les femmes. Tu peux m’écrire. C’est mon métier, et c’est aussi mon histoire.]
Je me suis toujours relevée — avec mes outils thérapeutiques, et avec une foi dure comme du fer.
Et les moments où cette Foi était sur le point de se briser pour de bon, on m’a rattrapée « de là-haut », et on m’a dit deux choses :
« Tu vois, c’est une question de patience. »
« Tout arrive dans le timing divin, pour une raison que tu ne connais pas encore. Mais tu sauras, le moment venu, le Pour-Quoi. »
Avec le recul, c’est toujours pareil : à chaque fois que j’ai perdu la Foi, la vie m’a rattrapée par le col. Et j’entends le Conseil Supérieur Divin se marrer gentiment, comme quand tu fais une blague et que tout le monde est tombé dans le panneau :
« Non mais tu croyais vraiment qu’on t’avait lâchée ? »
Ces 12 semaines ont commencé Lundi dernier. Je vais essayer de te les raconter sur mon Substack, semaine après semaine — et le jour où j’ouvrirai la porte, tu sauras enfin comment se termine la phrase de la calle Marina.
Avec toute mon affection,
Love.
Alma Prieto Rodriguez
Par Alma Prieto Rodriguez – Thérapeute Holistique Neuroatypique
Franco-Espagnole quadrilingue, Alma accompagne les femmes en transition de vie à ne pas se perdre dans l’expatriation, les réinventions professionnelles et les métamorphoses intérieures, en les aidant à retrouver un « chez soi » stable en elles-mêmes.
Chaque article d’Alma ouvre une fenêtre sur l’identité, les racines et la maison intérieure de celles qui osent se réinventer. https://www.almaprietorodriguez.com
The Aligned Shift est la maison où les praticiens et ceux qu’ils accompagnent se rencontrent d’abord par résonance, sans le bruit.
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