Comment la vie a fait de moi une "Aligned Shifter"
C'est le récit d'un bout d'histoire de vie faite de déménagements, de joies, de pertes et du glissement silencieux du faire vers l'être.
J’ai passé 50 ans à suivre les règles, à traverser les pays, à perdre des maisons et même mes enfants, pour finalement découvrir une transition plus douce, du faire à l’être. Cet article marque mon premier grand pas vers l’extérieur.
Aussi loin que je me souvienne (et c'est un demi-siècle !), j'ai essayé de trouver ma place en jouant selon les règles. Les règles des parents, les règles de la famille, les règles de l'école, les règles de la société, les règles du monde moderne, les règles de la carrière… des règles, encore des règles, toujours des règles. Et malgré ma grande habileté à les respecter, je ne me suis jamais sentie chez moi.
En France, j’avais l’impression de devoir rentrer dans une case, et je n’aimais pas être jugée selon la définition que les autres donnaient à ces cases. Enfant, j’avais rencontré des Néerlandais pendant les vacances que je passais avec mes grands-parents dans un camping en Espagne, année après année. Ils me plaisaient beaucoup ces hollandais. Peu importait comment on s’habillait (entre mes cousines et moi il y avait beaucoup de crêtes, de noir et de carreaux noir et blanc), si on était plutôt mode sport ou grillade à la plage, ou ce que faisaient nos parents et d’où lis venaient. J’ai toujours trouvé qu’ils nous aimaient pour ce qu’on était. Alors, à 19 ans, j’ai quitté mon cercle familial en France pour m’installer aux Pays-Bas en tant que jeune fille au pair. J’ai appris le néerlandais. J’ai travaillé. J’ai fait des études universitaires. J’ai décroché mon premier emploi là-bas comme management trainee, et c’est là que j’ai découvert pour la première fois l’univers du développement personnel et du coaching.
Durant ces premières années, j’ai aussi perdu mon père ; le premier grand drame de ma vie. J’ai eu la chance d’être entourée de personnes vraiment merveilleuses — mes collègues, mon partenaire de l’époque avec qui je suis restée sept ans, et sa famille, que je garde encore dans mon cœur — et ils m’ont beaucoup aidée à traverser cette douleur. Quelques années plus tard, j’ai obtenu le poste de mes rêves : Communication Manager pour Cartier International pour la région Benelux. Je peux dire que la vie me traitait bien, dans l’ensemble. Jusqu’à ce que mon partenaire me quitte. Mon cœur s’est brisé, et mon monde s’est effondré pour la deuxième fois depuis la mort de mon père.
Une chanson m’a aidé à ce moment-là. Elle est passée à la radio un soir:
C’est aussi à cette époque que j’ai découvert pour la première fois un roman d’aventure spirituelle de James Redfield intitulé La Prophétie des Andes. C’est une histoire porteuse d’enseignements sur l’éveil personnel et collectif. Ce livre parle de synchronicités, d’énergie et d’intuition, d’éveil spirituel et de l’idée que l’humanité traverse un changement évolutif majeur de conscience. Cela me parlait tellement que pour la première fois, je me suis reconnue dans “une case” : cette façon spirituelle et énergétique de voir la vie me semblait profondément familière.
Après la rupture, il ne m’a pas fallu longtemps pour faire un burn-out et quitter mon emploi de rêve, et c’est à ce moment-là que j’ai décidé de devenir coach de vie. Je voulais faire quelque chose qui me semblait plus réel.
Perdre ma stabilité avait fissuré quelque chose en moi, et cette façon spirituelle, énergétique de voir la vie est devenue soudainement impossible à ignorer.
Paradoxalement, ce qui me semblait le plus réel, c’était ce côté invisible que beaucoup de gens qualifieraient d’irréel. Pourtant, même adolescente, vers 12, 13 ou 14 ans, je me souviens avoir aidé des jeunes de mon âge qui se tournaient vers moi comme confidente. Ils me racontaient leurs histoires, et je pouvais voir des choses qu’ils ne voyaient pas. Je posais des questions qui les aidaient à regarder ce qui se passait sous un autre angle et à comprendre pourquoi ils percevaient les choses ainsi. C’était comme si j’étais guidée pour les aider à trouver leurs propres réponses. Après avoir vécu moi-même le coaching lors de mon management traineeship, et reconnu que ce travail était finalement ce que je faisais naturellement, m’inscrire à l’International Coach Academy pour obtenir ma certification s’est imposé comme l’évidence.
Alors que je donnais une nouvelle direction à ma vie avec cette formation en coaching, j’ai aussi décidé de prendre une année sabbatique. J’étais en vacances à Saint-Tropez chez ma mère quand, lors d’une fête, une amie m’a tendu une bougie en me demandant de la souffler et de faire un vœu. J’ai soufflé la bougie, fermé les yeux, et j’ai entendu :
« Travel the world and the seven seas. »
C’était en août 2009. Ce moment a décidé de ce qui allait se passer pendant les quinze années suivantes. En septembre, j’ai mis mon appartement à Amsterdam en location. Sans durée fixe.
J’ai décidé de laisser la vie décider à ma place :
le temps que les locataires voudraient ma maison serait le temps que je passerais à voyager.
J’ai trouvé un couple qui la prenait pour un an.
J’avais soudainement une année entière à remplir. J’ai choisi de commencer mon voyage avec ma mère et de retourner à mes racines, en visitant le Maroc, où elle est née, et la Tunisie, où l’une de mes grands-mères était née.
Pendant que je préparais ce voyage, j’ai retrouvé à Amsterdam un ami rencontré cet été-là à Saint-Tropez. Il m’a dit que je devrais venir lui rendre visite en Israël, puisque j’ai aussi des origines juives. Honnêtement, ma première réaction a été : « Mais qu’est-ce que tu veux que j’aille foutre en Israël ? » Il a insisté : Tel Aviv était une ville incroyable, Israël était très beau, et si je voyageais, je ne devais pas le manquer. Alors, après deux semaines de voyage avec ma mère, c’est là que je suis allée. J’ai atterri en Israël le 9 décembre 2009.
Israël. L’inattendu.
Depuis l’avion, vers midi, j’ai vu Tel Aviv pour la première fois. Je n’avais fait aucune recherche, je n’avais aucune idée de ce à quoi ressemblaient Tel Aviv ou Israël. Pas de Lonely Planet, pas de guide, rien. J’arrivais complètement vierge, avec une seule motivation : accepter l’invitation de mon ami et le laisser me montrer son pays. Sa motivation à lui était simple : aider une amie juive, déjà sur le chemin de la découverte de ses racines, à se reconnecter à une partie d’elle-même.
“Tu as des racines juives, tu dois venir en Israël.“, m’avait-il dit en septembre.
À l’époque, je me souviens avoir pensé : « Bien sûr. Comme si être juive et Israël avaient automatiquement quelque chose à voir l’un avec l’autre. », dans une totale ignorance. Mais puisque je voyageais déjà et que le monde entier m’était ouvert, après tout, pourquoi ne pas m’y arrêter et voir par moi-même ?
Je ne m’étais pas vraiment renseignée sur Israël avant d’arriver. À vrai dire, je ne m’étais pas beaucoup renseignée sur mon ami non plus. Je savais juste qu’il travaillait pour l’entreprise familiale et qu’ils possédaient des immeubles et des hôtels. Cela aurait probablement dû me dire beaucoup de choses. La première belle surprise : l’appartement de mon ami était en bord de mer, au dernier étage d’un des immeubles familiaux, le fameux Opera Tower — un duplex penthouse. Quel endroit pour atterrir!
Et les surprises ne se sont pas arrêtées là. Je suis tombée amoureuse de cette ville au bord de l’eau. Même en plein hiver, le climat me remplissait, les rues et les quartiers me charmaient, et les possibilités qu’elle offrait m’émerveillaient.
Cette visite en Israël, cette découverte, a été l’un des retours aux racines les plus profonds que j’aie jamais vécus et je ne m’y attendais mais alors, pas du tout. Je reconnaissais ma famille dans les visages autour de moi, en particulier mon père, et pour la première fois, je me suis autorisée à laisser cette partie juive de mon identité exister au grand jour. Je ne le savais pas encore, mais cet endroit allait façonner les années suivantes de ma vie d’une façon que je n’aurais jamais pu imaginer.
Ce voyage m’a semblé être une réunion avec moi-même. Enfin, j’étais dans un endroit où je pouvais laisser cette part de moi être présente. Être au milieu de ces visages qui me ramenaient à ma famille m’a donné un profond sentiment d’être chez moi.
Ma mère avait quinze jours de congé à partir de la mi-février. « Pourquoi ne pas se retrouver en Israël et visiter le pays ensemble ? » a-t-elle proposé. Pourquoi pas, en effet. Alors, avant de partir vers mes prochaines destinations, j’ai dit à mon hôte que je reviendrais. Les prochaines étapes étaient la Thaïlande, une semaine de méditation vipassana dans un temple bouddhiste à Koh Samui, puis du bénévolat en Inde avec une organisation recommandée par Malika Chopra, la fille de Deepak Chopra.
La Thaïlande est devenue une fin de cycle : la fin de l’année et, à bien des égards, la fin de cette première phase de mon voyage. Une semaine de silence. Une semaine avec moi-même, à essayer d’apaiser mes pensées. Une semaine de repos, de nature, de reconnexion. Puis dix jours de vacances entourée d’Israéliens avant de prendre l’avion pour l’Inde le 7 janvier.
Du moins, c’était le plan….
À l’enregistrement à Bangkok ce 7 janvier, l’hôtesse m’a annoncé que sans visa, je ne pouvais pas entrer en Inde. « Reprenez vos bagages et revenez dans une semaine avec votre visa. » Sérieusement? Une semaine à attendre à Bangkok?! Je n’en avais pas du tout envie! J’ai donc annulé mon voyage en Inde car je ne me voyais pas rester une semaine ou plus, seule, à attendre un visa dans une ville aussi bruyante après une semaine de retraite silencieuse.
J’ai marché jusqu’à un bout de l’aéroport de Bangkok avec mon sac, me suis assise à l’écart du bruit, ai ouvert mon petit atlas ANWB à la carte du monde et regardé les pays sur la double page. Et… rien.
Je ne trouvais pas de réponse à la question : « Et où est-ce que je vais maintenant ? » Je voyais Bali, l’Australie, les États-Unis, l’Amérique du Sud, tous ces endroits que je pouvais visiter ou revisiter, mais aucun ne m’appelait. Et là, dans un soupire désespérée, j’ai levé le yeux de mon bouquin et là, juste en face de moi, à létage du bas: une agence de voyage! Ah! elle tombait bien celle-là! Je suis donc descendu les voir.
_ “Bali?”
_ “Pourquoi pas.”
_ “Votre date de retour?”
Ma quoi? Un retour? Je ne sais déjà pas où partir, comment veut-il que je sache quand rentrer avec 10 mois devant moi?!
La prochaine étape prévue était de visiter Israël avec ma mère en février. C’est alors que j’ai décidé d’y retourner. Je vous passe les détails menant à cette décision, peut-être le révèlerai-je un jour ici. En tout cas, sept heures plus tard, j’étais dans un avion pour Tel Aviv.
Ensuite, tout est allé très vite. J’ai trouvé un appartement à louer en 5 jours alors que tous me disaient que je ne trouverai jamais, j’ai appris une langue “à l’envers”, j’ai quitté la Hollande, et, fin 2010, j’ai rencontré l’homme qui allait devenir le père de mes enfants. Treize mois plus tard, nous nous sommes mariés. Un an après, notre fille est née, et deux ans plus tard, notre fils est arrivé. De l’extérieur, on aurait dit que j’avais enfin « posé mes valises » : nouveau pays, nouvelle langue, mariage, enfants.
À l’intérieur, c’était plus compliqué. Et ce serait l’aube du plus grand drame de ma vie. Évidemment cela ne vient pas du jour au lendemain, mais en 2016 c’était clair, j’étais profondément malheureuse dans mon mariage. Le désir de partir, de rentrer chez moi grandissait — non seulement quitter la relation, mais aussi Israël, avec mes enfants. Malheureusement cela n’a pas fonctionné. Pour des raisons que je ne vais pas vous infliger aujourd’hui dans ce récit, mon avocat de l’époque m’a dit que si je ne quittais pas Israël du jour au lendemain, mon mari allait légalement me retenir là-bas jusqu’aux vingt et un ans de mon fils. Il avait quatre ans et demi. D’une façon absolument dramatique et traumatisante pour mes enfants, pour mon ex, pour moi, j’ai fui seule en laissant mes enfants derrière moi et en rentrant chez ma mère.
En France, j'ai immédiatement essayé de me reconstruire, pour pouvoir recommencer une nouvelle vie avec mes enfants que j'espérais récupérer. En six semaines j’avais trouvé trois opportunités d’emploi toutes absolument géniales, et même une petite maison près de l'école pour mes enfants. Et puis le COVID a frappé. À cause de la pandémie, aucun des emplois n'a démarré, et j'ai une fois encore fui — cette fois une situation qui aurait été insoutenable si j'étais restée en France à pleurer chez ma mère — et je suis allée en Slovénie, vivre avec l’homme que j’avais rencontré, et c’est là que je vis encore aujourd'hui.
J’ai perdu mon combat judiciaire, et mes enfants ne me sont jamais revenus. Aujourd’hui, ils viennent me voir pendant les vacances, mais leur vie se construit là-bas, auprès de leur père et de leurs grands-parents. C’est la douleur que je porte chaque jour, une absence que je ne crois pas pouvoir un jour formuler entièrement avec des mots.
Et pourtant, me voilà: JE SUIS là!
Je viens de raconter trente ans de ma vie ici. La vie est chaotique, douloureuse et loin d’être linéaire. Elle ne ressemble jamais à ce qu’on avait imaginé. Pourtant, c’est elle qui façonne ce que vous devenez. Quand je dis que la vie fait de vous ce que vous êtes, je veux dire qu’elle vous oblige à vous rappeler qui vous êtes. Il faut traverser les hauts et les bas de la douleur et de la joie, puis de la douleur encore, pour s’en souvenir.
Je n’ai pas écrit cela pour montrer que j’ai tout enduré et que je pourrais ensuite vous dire comment agir. Je l’ai écrit pour vous faire comprendre que je sais combien il en coûte de ne pas se perdre dans sa propre histoire. Je l’ai écrit pour vous dire que, malgré la douleur, les larmes et les pertes, j’ai toujours trouvé un chemin pour me rapprocher de moi-même.
Il m’a fallu dix-neuf ans pour grandir, seize pour me relever puis m’écrouler, dix pour m’épanouir avant de m’effacer, et six pour me reconstruire. Dix-neuf ans en France à chercher mes repères. Seize ans en Hollande et ailleurs, à bâtir puis à défaire. Dix ans en Israël, à aimer puis à perdre. Six ans à retrouver un appui solide. C’est ainsi que la vie a fait de moi celle que je suis aujourd’hui : une Aligned Shifter.
Après tout cela, je savais que je ne voulais pas garder ces histoires et ces prises de conscience pour moi seule. Pourtant, je n’avais pas encore trouvé une manière de les partager qui me corresponde vraiment. Pendant longtemps, j’avais cessé de raconter ma vie sur les réseaux sociaux. Pourquoi exposer la détresse ? Et ces plateformes étaient devenues quelque chose que je rejetais de plus en plus : les selfies, les formats très courts, cette injonction à paraître toujours plus faux tout en prétendant être authentique. Ces nouvelles catégories ne me convenaient vraiment pas.
Puis j’ai découvert Substack. Ici, j’ai ressenti une invitation à partager avec sincérité et à montrer ma vulnérabilité. Ce sentiment s’est peu à peu transformé en désir de créer un espace où des gens comme vous et moi pourraient apporter la réalité de leur parcours — la beauté et le désordre — et être vus dans tout cela.
C’est pourquoi j’ai créé The Aligned Shift Le Magazine. Si vous vous reconnaissez dans mon histoire, dans les déplacements, les pertes, les glissements invisibles, les moments où vous avez failli oublier qui vous étiez mais vous avez trouvé un chemin de sortie, vous êtes sans aucun doute un·e Aligned Shifter vous aussi. Et c’est le genre d’histoire que vous pouvez partager ici en devenant contributeur, ou simplement lire en vous abonnant: non pas une belle histoire de succès parfait, mais le vrai chemin par lequel la vie vous a aidé·e à vous souvenir de qui vous êtes.






Joli témoignage de vie .
Tu as eu le courage de changer de chemin .. ✨