Ma grand-mère m’a dit que je serai médecin
Je ne le suis pas devenue. Mais quelque chose autour du soin, de la guérison et de l’humain a continué son chemin en moi.
Photo Sophie Chesnoy Trentesaux prise sur un chemin au jardin botanique de Singapour.
Petite, ma grand-mère m’a dit que je serai médecin.
Je l’ai regardé et je lui ai dit “jamais de la vie” ! C’est sorti d’un coup, de l’intérieur de moi sans que je ne le contrôle vraiment.
Ce jour là, ma grand-mère a scellé en moi une forme de dette que je n’honorerai pas. Alors, je me suis dirigée vers des études de Pharmacie pour fabriquer les médicaments qui pourraient guérir.
Je ne voulais pas soigner, je voulais guérir les gens !
Et puis j’ai fait de la recherche pour trouver des médicaments pour soigner la peau. Je suis partie aux USA en post doc pour cela.
Et puis bien plus tard, je suis repartie sur les bancs de la fac pour devenir psychologue.
Alors est-ce que ma grand-mère a été présente derrière chacune de ces décisions ? Oui, je le crois intimement mais pas parce que j’ai voulu honorer ce qu’elle pensait bon pour moi.
Avec le temps, j’ai compris quelque chose d’assez différent. Ce que les autres déposent en nous ne reste pas forcément intact. Nous pouvons nous l’approprier, le transformer, parfois même lui donner une forme que ceux qui nous l’ont transmis n’auraient jamais imaginée.
Peut-être est-ce ce qui s’est passé avec cette phrase de ma grand-mère.
Je ne suis pas devenue médecin. Et pourtant, quelque chose autour du soin, de la guérison et de la compréhension de l’humain a continué son chemin en moi.
Je crois aussi que nous habitons nos décisions lorsqu’elles sont pleinement ressenties.
Lorsque l’on me demande pourquoi j’ai décidé plusieurs fois de me remettre en apprentissage, je sais qu’à chaque fois je pouvais me tenir droite avec ma colonne vertébrale bien alignée.
Pour toutes les décisions d’orientation qui ont profondément structuré ma vie, il y avait toujours à l’intérieur de moi un “GO”. Cela se traduisait corporellement. Je vivais cette décision avec tout mon mental et tout mon corps.
Longtemps, j’ai pensé que décider consistait surtout à réfléchir suffisamment pour savoir ce que l’on voulait. Aujourd’hui, je n’en suis plus aussi sûre.
Notre corps et nos émotions participent eux aussi à nos décisions. Ils enregistrent nos expériences, réagissent, parfois avant même que nous ayons réussi à construire une explication rationnelle.
Mon « GO » ressemblait à cela.
Je ne savais pas forcément ce qui allait se passer ensuite. Je pouvais avoir peur. Je pouvais même douter. Mais quelque chose en moi avait déjà dit oui.
C’est pour cela que je pense “qu’habiter” une décision est un déclic, celui qui va enclencher la prochaine étape.
C’est pouvoir dire : « Cette décision contient peut-être mon histoire, mes liens, mes contradictions et mes héritages, mais c’est moi qui la prends. »
Je ne crois d’ailleurs plus qu’une décision puisse être totalement débarrassée de nos influences. Comment le pourrait-elle ?
Nous sommes faits de rencontres, de paroles entendues, d’attentes posées sur nous, de modèles que nous avons suivis ou combattus. Certaines choses ont été choisies, d’autres reçues sans même que nous nous en rendions compte.
Devenir autonome ne serait alors peut-être pas réussir à se débarrasser de toutes ces influences. Ce serait pouvoir les reconnaître sans leur abandonner notre capacité de choisir.
Et c’est là ou je voudrais partager avec vous ce qui m’amène aujourd’hui à pouvoir exprimer la prise de décision sans avoir à la justifier par rapport à l’histoire d’un ou d’une autre, au sein de ma famille.
Je suis, depuis très longtemps, habitée par l’idée que nous n’avons pas à réparer le passé mais que le passé, au contraire nous habite et nous rend capable de discerner nos décisions importantes.
Je ne cherche donc plus tellement à savoir : « Est-ce que cette décision vient vraiment de moi ? »
Je ne suis même pas certaine que cette question ait une réponse.
Je préfère me demander : « Est-ce que je peux habiter cette décision ? »
Car notre héritage n’est peut-être ni une dette qu’il faudrait rembourser, ni quelque chose dont il faudrait absolument se libérer.
Il est une partie de notre histoire.
Et peut-être que devenir pleinement auteur de ses décisions, c’est parvenir à savoir d’où elles viennent sans avoir besoin d’y retourner pour demander la permission d’avancer.
Par Sophie Trentesaux | L‘Or Sous Les Mots.
À travers l’expatriation, les changements de carrière, les passages de vie et les enseignements de la nature, Sophie explore ce qui nous aide à rester fidèles à nous-mêmes lorsque tout semble changer autour de nous.
Chaque article de L’Or Sous Les Mots explore une facette des transformations invisibles. Si cette réflexion vous accompagne, poursuivez le cheminement avec les lectures ci-dessous.
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