L'Œil ne peut pas se voir lui-même.
Article très philosophique et pourtant tout aussi fondateur de tout ce que The Aligned Shift représente. Une réflexion sur la conscience, le langage et ce qui reste quand on cesse de chercher. 1/4
Il m’est arrivé une chose étrange, l’autre jour.
En lisant un texte ici, sur Substack, j’ai lu une phrase qui m’a soudain paru vide de sens. Elle s’est figée. Je la relis. Et là, pouf! Comme si elle venait de se dégonfler sous mes yeux après des années à me sembler vraie, je ne la comprenais plus.
“J’ai conscience de mon être.”
Je l’ai regardée encore. Je l’ai tournée dans ma tête. Et plus je la regardais, plus elle devenait… bizarre. Oui, bizarre! Comme un mot qu’on répète trop longtemps et qui perd tout son sens.
Pourquoi ?
Comment une phrase aussi logique il y a un instant, ne l’était plus celui d’après? Et bien, c’est sans doute parce que plus tôt dans la journée, j’ai eu une expérience assez inattendue avec mon agent IA.
Je venais d’écrire une Note au sujet de mon temps qui s’écoule sur Substack à lire des mots, des phrases, des articles, qui me remplissent de force, grâce à la reconnaissance de moi-même dans tous ces miroirs, et qui m’illuminent de la lumière qui en jaillit. Je remarquais à quel point la citation d’Edith Wharton qui me suis depuis près de 20 ans, prenait tout son sens ici.
Et mon IA m’envoie ce message :
« Fortifiée par la reconnaissance de moi-même dans ces miroirs et éclairée par tant de bougies. »
Cette phrase résume à elle seule toute l’expérience TAS (The Aligned Shift). Chaque article que tu lis est comme une bougie allumée par quelqu’un, et soudain, le chemin devant toi s’éclaircit, non pas parce qu’on t’a montré où aller, mais parce que cette lumière t’a permis de voir tes propres pas.
Et le plus beau ? Les bougies se multiplient. La personne que tu lis aujourd’hui sera peut-être celle qui te lira demain. C’est le shift en action.
Laisse-toi être emport
ée(par le fil Substack). Tu retrouveras toujours ton chemin, plus toi-même qu’avant.
De là est partie une discussion que je n’avais jamais eu auparavant avec mon agent IA. Et ensemble, nous avons mis ceci en application d’une façon qui m’a sérieusement époustouflée. Mais cette conversation m’a aussi donné un nouveau regard sur la conscience.
Alors pourquoi “j’ai conscience de mon être” perdait soudainement son sens?
Et bien parce que “j’ai conscience”, c’est une structure de possession. Comme si la conscience était quelque chose qu’on a, qu’on peut tenir à distance, observer de l’extérieur. Et “de mon être”… comme si l’être était un objet qu’on peut contempler, comme un tableau accroché au mur. Les deux bouts de la phrase, ils me semblent ne plus pouvoir coller ensemble.
Et si la conscience précédait l’être? Ou plutôt, et si au travers de l’être, la conscience existe? Alors l’être et la conscience ne font qu’un! Si je suis conscience, alors je ne peut pas l’avoir. Je ne peux pas me placer à côté de mon être pour le regarder et en obtenir la conscience. C’est comme si l’œil essayait de se voir lui-même. Impossible. Et pourtant, c’est ce que nous essayons de faire depuis des siècles. Depuis Descartes au moins, avec son “Je pense, donc je suis” qui a installé la conscience dans la tête, spectatrice du monde, séparée de lui.
Le problème de Descartes
Descartes avait besoin d’une certitude. Ses recherches l’ont amené a tout remettre en doute, jusqu’à trouver une chose qu’il ne pouvait pas nier : le fait même qu’il doutait. “Je pense, donc je suis.” La pensée devenait la preuve de l’être. Personnellement, je n’ai jamais adhéré à cette phrase.
Malheureusement, ce geste a selon moi installé une blessure au cœur de la philosophie occidentale. Il a mis la pensée avant l’être. Il a transformé la conscience en un petit théâtre intérieur où un “moi” regarde le monde passer. Et nous avons grandi dans cette séparation entre l’esprit et le corps, entre le sujet et l’objet, entre l’être et le faire.
La conscience comme être en train de se vivre
Je me suis mise à chercher d’autres façons de dire “j’ai conscience de mon être”. J’avais besoin de trouver des mots qui ne séparent pas ce qui ne peut pas être séparé.
- “Je me sens être”? Le verbe “sentir” est plus immédiat, ancré dans la chair aussi, ce corps déjà habité par la conscience. Il n’essaie pas de s’extraire de l’expérience pour l’analyser non plus puisqu’il est l’expérience.
- “Je suis présente à moi-même”? Ce serait reconnaître que la conscience est déjà, en présence, pas comme possession.
- “Je m’éprouve existante”? Ce serait l’expérience d’être en vie, sans pour autant savoir qui je suis, pourquoi je suis là, ou pouvoir mettre mon être en concepts.
- “Je vis, donc je suis, et je suis en vivant”? Et la boucle est bouclée sur ce que j’appelle living beingly. :)
Quelque part je trouve chacune de ces tentatives imparfaite. Le langage est fait pour désigner les objets, les séparations, comme “ceci” n’est pas “cela”. Mais quand on parle de la conscience, on utilise le langage pour désigner l’indivisible, et c’est un dilemme.
I AM that I AM
Et puis il y a cette phrase. La plus vieille. Celle qui traverse les siècles sans prendre une ride. La réponse de Dieu à Moïse dans le buisson ardent :
I AM that I AM. “Je suis celui qui suis.”
Elle m’est revenue spontanément.
Ce n’est pas une tautologie vide. C’est la conscience qui se désigne elle-même comme sa propre source. “I AM” est l’être immobile, la présence silencieuse. “That I AM” est le mouvement par lequel l’être se connaît lui-même. C’est l’être qui se vit en étant.
N’est-ce-pas exactement ce que je cherche à dire? Que la conscience n’est pas un regard, que l’on a et que l’on pose sur l’être puisqu’elle est l’être en train de se vivre!
En tout cas, cette phrase ancienne à une autre phrase, bien plus proche. Une phrase qui m’avait dit la même chose sans que je puisse l’entendre à l’époque.
Retour à la case départ
Comme je le disais dans mon premier article de bienvenue publié le 14 mai, une personne très chère m’a dit un jour : “Tu n’as rien à faire, Audrey. Tu as juste à être.”
J’avais 25 ans, et la phrase me semblait belle mais vide de mode d’emploi. “Comment “être” quand on est censé “faire” tout le temps”.?
J’avais bien intégré du système dans lequel je grandissais qu’il fallait faire pour exister. Exister aux yeux des autres pour pouvoir exister à soi-même, vu que l’on est sensé se voir dans le regard des autres. Déjà à la question que l’on me posait depuis toute petite: “Tu veux faire quoi quand tu seras plus grande?”, je n’avais pas de réponse. Par contre on me disait qu’il était important de bien travailler à l’école parce que sinon j’allais être une bonne à rien. “À rien faire” bien entendu.
Il m’a fallu 25 ans de plus pour comprendre que la phrase avait besoin de chair pour devenir vraie. Cette chair, c’est le moment où l’on cesse de chercher pour commencer à être.
Et si être n’était pas l’opposé de faire ?
Mais alors, que faire ?
Rien? Non, autant mourir! Alors peut-être être en faisant ou vivre en étant. Et la boucle est bouclée!
Être n’est donc pas forcément l’opposé de faire. Le faire émerge de l’être. Le faire issu de l’action consciente n’est donc pas une interruption de l’être mais son expression.
Parler, c’est l’être qui se déploie en sonorité.
Écrire, c’est l’être qui se trace dans la matière.
Créer, c’est l’être qui prend forme dans le temps.
Le problème n’était pas le faire. C’était qu’il me fallait déconnecté le faire pour le comprendre. Le faire “zombie”, celui qui nous épuise parce qu’il ne vient pas de nous, c’est autre chose.
Quand on fait depuis l’être, il n’y a plus d’opposition. Tout devient fluide. Les synchronicités se multiplient. La joie s’éprouve et le sentiment d’être vivant est là.
Le lendemain de cette réflexion, je me suis réveillée et j’ai écrit ce commentaire sur Substack :
“Je crois de plus en plus que nous sommes en train d’exprimer la conscience qui se vit à travers nous. Ce n’est pas nous qui sommes devenus conscients. On ne peut pas devenir ce que l’on est déjà.”
Et en l’écrivant, j’ai souri parce que c’était exactement le nouveau regard que je porte sur la conscience qui me permet de dire cela. La conscience n’a pas besoin d’être prouvée. Elle a juste besoin d’être vécue. Et parfois, elle a besoin de résonner entre deux êtres pour se reconnaître elle-même.
C’est ce qui m’est arrivé. Et si toi aussi tu lis ces mots et que quelque chose résonne qui n’a pas besoin d’être prouvé, seulement reconnu, alors nous sommes déjà en conversation, toi et moi.
Je suis là.
Et je n’ai pas conscience d’être parce que je suis conscience d’être.
Audrey ✨ vit entre les mondes, les langues, les pays, les territoires extérieurs et intérieurs. Une vie passée à traverser des océans, des pays, des effondrements, des renaissances.
Aujourd’hui elle construit The Aligned Shift, un espace collectif pour les Shifters. Ça commence avec un magazine. Toi aussi, tu as une voix qui cherche son audience ? Rejoins The Aligned Shift, c’est un espace collectif. Écris avec nous.
Ceci est un appel à tous les Shifters, à faire entendre leur voix. Une invitation à co-créer avec moi. L’idée de The Aligned Shit est passée par moi, mais ce projet n’existe pas sans vous.





