De la tempête intérieure à la souveraineté émotionnelle
Le jour où j’ai décidé que ce que je ressentais ne déciderait plus à ma place.
Pendant dix ans, j’ai organisé le savoir des autres dans des médiathèques, en tenant bien mon rôle de fille gentille, compétente, qui ne fait pas de vagues. À l’intérieur pourtant, c’était tout l’inverse : hypersensible, traversée par les émotions des autres, en colère contre ma mère, persuadée que quelqu’un, quelque part, finirait bien par me libérer de tout ça.
Voici comment, au fil des rencontres, des pratiques et d’un départ inattendu de la fonction publique, j’ai appris à prendre soin de mon propre chaos émotionnel, jusqu’à en faire mon métier : accompagner celles et ceux qui sentent, eux aussi, qu’une émotion mène leur vie un peu trop fort, alors qu’une autre façon de vivre est possible.
Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai appris à me tenir droite dans les règles, à dire oui pour faire plaisir, à ne pas faire de faux pas, à être la gentille de la fratrie… Puis, plus tard, dans celles de la société et d’une institution publique : dix années passées au service des médiathèques à faire tenir ensemble des collections, des publics, des équipes.
J’étais tellement compétente à tenir ces règles que l’on m’a très vite confié la direction d’un établissement en Bretagne. Rien, en apparence, ne clochait.
Et pourtant, quelque chose en moi me disait que j’étais là pour autre chose, pour aider plus de personnes. Et que je n’étais pas totalement à ma place.
Depuis l’enfance, on venait déjà me trouver. J’étais celle à qui l’on confiait ce qu’on ne disait pas ailleurs, la bonne amie qui savait écouter, et qui, la plupart du temps, avait une réponse. Je ne cherchais pas ce rôle : il me trouvait.
J’étais hypersensible, comme ma mère avant moi, et cette hypersensibilité prenait, à l’époque, beaucoup trop de place pour que je puisse continuer à l’ignorer. Je ressentais les émotions des autres avec une netteté presque physique, au point de les absorber comme si elles devenaient un temps les miennes, et les miennes propres, lorsqu’elles montaient, montaient fort. D’une intensité que je crois devoir aussi à mon signe : le Scorpion ne ressent jamais à moitié.
Je percevais également ce que d’autres préféraient ne pas voir : un mensonge, une dissonance entre une parole et un geste, un non-dit qui pesait dans une pièce avant même qu’on l’ait nommé. On m’a longtemps dit que j’étais influençable, naïve. Je pense aujourd’hui le contraire : ce discernement-là, je l’avais déjà, enfant. Je n’avais simplement pas encore le droit de m’y fier.
Une intensité ressentie sans relâche, et jamais vraiment canalisée, finit par déborder. Chez moi, cela a fini par exploser, d’une manière ou d’une autre, à plusieurs reprises. Je le voyais dans mes proches, et il faudra bien l’écrire un jour dans le détail, en moi.
Le basculement
Le premier basculement n’a rien eu d’élégant. Adolescente, je me sentais en colère, et cette colère, je la déversais sur ma mère, sur celle qui ne demandait qu’à m’aimer. Déjà consultée pour moi lorsque le divorce de mes parents m’avait fait rencontrer des psychologues, elle a fini par poser une limite ferme : si cela continuait, elle m’enverrait dans un foyer pour jeunes filles. J’ai eu peur, peur de devoir me débrouiller seule, peur de perdre ce que je croyais tenir. Et c’est sous cette menace, aussi inconfortable soit-elle à admettre aujourd’hui, que j’ai ouvert mes premiers livres de développement personnel.
Le vrai chemin, lui, a commencé plus tard, à dix-neuf ans, quand j’ai quitté le cocon familial pour vivre seule et étudier à Dijon. Cette indépendance nouvellement acquise, je l’ai aussitôt mise au service de moi-même : une naturopathe, puis un énergéticien. J’ai commencé à investir dans mon propre bien-être, non par curiosité passagère, mais parce que je voulais enfin comprendre ce rapport aux émotions qui m’habitait depuis toujours, et dont je cherchais encore les clés.
Cette recherche s’est poursuivie des années durant, en parallèle de mes études puis de ma vie de fonctionnaire. Je passais d’un spécialiste à l’autre, gardant ce qui me correspondait, laissant le reste. Chaque étape apportait quelque chose, sans jamais me livrer la clé elle-même.
Celle-ci est venue en 2023. Je suis tombée sur une école holistique fondée sur le Qi Gong, qui proposait aussi un accompagnement construit autour des travaux du docteur Hawkins et d’une méthode de libération émotionnelle. Je m’y suis engagée pendant un an, un an et demi. Tout ce que j’avais fait auparavant avait eu sa valeur, mais c’est là, précisément, que j’ai trouvé ce que je cherchais depuis si longtemps : non plus une compréhension supplémentaire, mais un mode d’emploi. Savoir, très concrètement, quoi faire quand une émotion se présente. Ne plus dépendre d’un rendez-vous hebdomadaire pour aller mieux. Apprendre à me responsabiliser face à ma propre gestion émotionnelle, à reconnaître mes programmes d’auto-sabotage, à libérer une émotion rapidement et proprement, et, si une grosse fatigue surgissait sans prévenir, à disposer d’une technique concrète pour la faire basculer immédiatement, et voir mon énergie revenir aussitôt.
Cela m’a passionnée, puis profondément fascinée. En parallèle de mon métier de bibliothécaire, je continuais à pratiquer, et je voyais enfin partir, réellement, des charges que je croyais pourtant avoir déjà traitées auprès de tel ou tel spécialiste par le passé.
Non pas en en parlant à nouveau, mais en confrontant l’émotion elle-même, en traversant, pourrait-on dire, quelques enfers intimes pour en ressortir plus libre, plus soulagée. Certains souvenirs qui pesaient encore ont fini par ne plus rien me faire du tout, comme s’ils s’étaient vidés de leur poids. J’ai senti que cette technique me faisait évoluer en profondeur, me rapprochait d’un état d’amour véritable, et m’apprenait à comprendre l’humain, ses schémas, ses répétitions : bien au-delà de ce que j’avais appris jusque-là.
C’est devenu, sans que je l’aie cherché, une forme de don : savoir nommer précisément l’émotion qui traverse un corps, repérer immédiatement, en observant quelqu’un, ce qui bloque et comment le libérer. Cela se fait chez moi avec une évidence presque naturelle.
Alors, en juillet 2025, cela m’a appelée. J’ai posé ma démission de la fonction publique, alors même que j’occupais le poste de mes rêves, et que j’y étais heureuse. Je ne l’avais pas vu venir en prenant ce poste ; c’est arrivé d’un coup, de l’intérieur.
Il fallait partir, il fallait changer. Je suis partie me former à Dubaï pendant quatre mois, avant de rentrer en France.
C’est là qu’est né le concept de Souveraineté Émotionnelle.
Reprendre la maîtrise de son être intérieur : ses pensées, ses émotions, ses croyances, ses postulats, pour se défaire de tout ce qui empêche de recréer ce que l’on veut vraiment, au-delà d’une ancienne identité. Cela me parlait parce que je l’avais vécu : des petites morts de mon ego, des parts de moi qu’il avait fallu lâcher bien qu’elles m’aient longtemps servi, parce que ces anciennes versions de moi ne me permettaient plus d’atteindre ce vers quoi je voulais aller. La dissonance entre la vie que je menais et celle vers laquelle j’allais était devenue trop forte pour que je continue comme avant.
La confirmation est venue d’ailleurs encore. Une amie, un jour, m’a fait mon thème astral. J’y crois, à l’astrologie, et c’était écrit noir sur blanc : j’étais là pour aider les gens à traverser leurs émotions, pour transmettre, le plus simplement et le plus rationnellement possible, comment fonctionne une émotion, comment on s’en libère, quelles méthodes existent, que faire quand une résistance empêche de lâcher ce qui doit l’être. C’était écrit que j’étais là pour accompagner les autres à travers leurs deuils, leurs séparations, tout ce qui est dur, tout ce qui est traumatique.
Je me sens capable de le faire parce que je suis moi-même passée par des phases très difficiles, qu’il m’a fallu traverser. C’est cela, précisément, qui m’a conduite à vouloir accompagner les autres, et surtout à leur offrir un cadre sécurisant, pour qu’ils puissent enfin lâcher ce qu’ils ont besoin de lâcher, pleurer ce qu’ils ont besoin de pleurer, et surtout s’en libérer définitivement pour passer à autre chose.
Ce que je sais aujourd’hui
Voici ce que je sais aujourd’hui, et que je ne savais pas alors : les émotions sont la base de tout. Ce sont elles qui nous permettent de nous relier profondément les uns aux autres. Se libérer de ce qu’on appelle les émotions négatives, ce n’est pas seulement apaiser un mal-être ponctuel : c’est se libérer de son ego et de l’histoire qu’on s’est racontée pendant des années, pour se reconnecter à quelque chose de plus spirituel en soi : son âme, et retrouver l’unité, l’harmonie avec les autres.
Car si l’on se sent mal, si des pensées négatives reviennent, c’est le plus souvent lié à des blessures de l’ego, à ce qui s’appelle des engrammes, ces traces profondes laissées par des expériences passées.
Quand j’étais au service des médiathèques, j’ai passé dix ans à organiser le savoir des autres avant de comprendre que le mien restait à ranger. Longtemps, dans mon propre cheminement de développement personnel, j’ai manqué de leadership : je demandais à ce que quelqu’un d’autre me libère, persuadée que l’autre avait toutes les réponses, que l’autre allait, d’une certaine façon, me sauver. Travailler sur mes émotions m’a menée plus loin encore, vers mes croyances sur moi-même, vers l’amour de moi, la confiance, l’estime.
Mon leadership a grandi à mesure que je me responsabilisais davantage dans ma propre vie.
Il me restait pourtant une dernière marche à franchir : appliquer. J’ai toujours été de ces personnes qui adorent étudier, lire, approfondir, le syndrome de la bonne élève. Mais accumuler l’information ne suffisait pas ; il y avait en moi une résistance à aller voir, concrètement, dans mon corps, ce qui s’y passait.
Ma vie ne changeait pas tant que je n’appliquais pas. Il m’a fallu, encore et encore, des claques de la vie, que je nomme aujourd’hui des cadeaux, pour finir par me réveiller pleinement.
Et un jour, je l’ai décidé : je n’avais rien à perdre, alors autant faire les exercices plutôt que tourner la page. C’est exactement ainsi que je m’en suis sortie.
Je continue aujourd’hui à me former, et j’ai compris que le changement passe par l’application, non par l’intellectualisation. Et le travail émotionnel, lui, passe nécessairement par le corps. Une émotion est une énergie en mouvement : elle est là pour être vécue, et l’on est là pour expérimenter tout le panel : tristesse, colère, culpabilité, fierté, orgueil, sans avoir à s’en défendre.
La résistance ne vient pas de l’émotion elle-même, mais du jugement qu’on porte sur le fait de la ressentir. Or une émotion pleinement accueillie porte un message, et c’est précisément en l’autorisant à exister qu’elle finit, presque étrangement, par disparaître.
Le problème, c’est que notre société ne nous y prépare pas. Elle nous pousse à faire, faire, faire, plutôt qu’à nous relier à notre être intérieur ; elle ne nous enseigne pas, ou si peu, comment accueillir une émotion. C’est là mon rôle : rééduquer, transmettre une intelligence émotionnelle. Car prendre soin de ses émotions, c’est accepter d’aller regarder à l’intérieur, même quand c’est inconfortable : et cela rend, en retour, plus compatissant, plus apte à comprendre l’autre, moins prompt au jugement et à la réaction. Si chacun faisait ce chemin, la société elle-même en deviendrait plus consciente, plus libre. Mais cela reste un choix, propre à chacun.
Personnellement, je savais que je voulais être libre, intérieurement, et donc extérieurement aussi. Il y a toujours une corrélation entre l’un et l’autre.
C’est ainsi qu’est née Souveraineté Émotionnelle : non pas comme un nom de marque, mais comme la description exacte de ce qui m’avait manqué, et de ce que je voulais désormais rendre possible pour d’autres, depuis l’enfant qui n’a pas encore les mots jusqu’au dirigeant qui a appris à ne plus en avoir besoin.
Pourquoi je vous raconte cela
Je ne vous raconte pas cela pour vous dire que j’ai traversé quelque chose que vous n’auriez pas vécu, et que je saurais désormais vous dire comment faire. Je vous le raconte parce que je sais ce qu’il en coûte de laisser une émotion décider à sa place, et le chemin qu’il faut pour la ramener à sa juste fonction : informer, et non gouverner.
Si vous reconnaissez dans ce récit ce moment où vous avez senti qu’une émotion menait votre vie sans vous demander votre avis, et le moment, plus discret encore, où vous avez commencé à reprendre la main, alors ce que je construis ici vous concerne aussi.
Ce que tu ressens ne devrait plus décider pour toi.
Par Marie Guillan de Souveraineté émotionnelle
Ce chemin ne s’arrête pas à ce récit. Il se poursuit dans ce que Marie construit aujourd’hui : un accompagnement, une méthode, avec l’ambition de rendre ce langage des émotions accessible à tous, de l’enfant au dirigeant.
Si ce que vous venez de lire résonne, retrouvez les lives de Marie Guillan sur son Substack:





Je suis entièrement d'accord, et j'aime que tu dises qu'il ne suffit pas d'intellectualiser, mais d'agir, et ça, c'est pas facile. Ça demande des efforts, de la persévérance et du courage. Merci de le nommer.