Il y a quelques mois, Substack m’a donné l’impression d’un souffle collectif : on est mieux ici qu’ailleurs. Moins de bruit. Des phrases qui prennent le temps. Des gens qui écrivent depuis quelque chose de réel. J’adhère à tout cela, vraiment. C’est pour ça que je suis restée.
Il y a quelques semaines, une autre couche est remontée dans le fil de Notes. Le ton avait changé. Je lisais beaucoup de comment avoir plus d’abonnés, plus de portée, plus de ceci, plus de cela. Le ton restait doux et bienveillant. Même forme, autre fond. Le corps de la phrase avait changé : on ne parlait plus de ce qu’on vivait mais de faire marcher le canal. On avait changé d’outil, pas d’unité de mesure.
Et moi, soudain, j’ai eu moins envie d’ouvrir.
Je suis ici pour lire du vrai. Une personne. Un doute. Une phrase qui ne cherche pas à me prouver qu’elle scale, qu’elle gagne, qu’elle sait mieux que moi. Quand le feed se remplit de « comment faire en sorte que ça fonctionne », je sens revenir exactement ce que je croyais avoir quitté : la performance, juste mieux habillée.
Puis, récemment, mon fil a à nouveau changé.
Je redécouvre des mots qui reparlent de la personne qui les écrit. Certaines disent même, dans leurs Notes, qu’elles étaient venues ici pour ce vrai-là, qu’elles s’étaient laissé glisser vers un contenu plus calibré, et qu’elles reviennent à ce qu’elles écrivaient avant. D’autres disent qu’elles sont venues pour ajouter un autre canal à ceux qu’elles avaient déjà, mais elles ressentent que quelque chose d’autre en elles veut s’exprimer ici. Je trouve ça beau et j’ai à nouveau envie de lire, de suivre ou même de m’abonner.
Je me pose alors une question :
Et si on se mettait d’accord pour arrêter le jeu de la performance ?
On en a profondément envie. On le dit assez. On quitte une app parce qu’elle nous épuise, on arrive ici en promettant autre chose… puis, sans le nommer, on recrée la même grille. Croître. Convertir. Monétiser. Comme si « ça marche » ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose et que tout le reste était un échec poli. Vraiment ?
Je le vois partout, pas seulement ici. Le business du bien-être est la fenêtre la plus grande ouverte sur ce que j’avance ici. On lit : reviens vers toi. Sois toi-même. Fais ce que tu veux. Écoute-toi. Libère-toi.
Des invitations belles, parfois justes. Et puis ? On s’aliène autrement.
Mais alors je me demande : et si nous reproduisions les mêmes schémas parce que nous n’avons jamais vraiment quitté le système que nous commençons à repousser ?
Ce qui nous empêche de changer le fond n’est pas un manque de volonté. C’est qu’on vit encore dans le système qu’on dénonce.
On y cherche encore une place, une reconnaissance, une preuve qu’on existe. Et ce système, pour t’y laisser entrer, ou t’y maintenir, te demande de performer. Même ton authenticité devient un contenu. Même ton silence peut devenir une stratégie. Même ton « je me libère » finit par devoir rapporter quelque chose : des likes, des abonnés, une offre, une image de quelqu’un qui a « réussi » sa liberté.
On te dit de te libérer toi, pendant que le système qui t’entoure reste intact et ta « liberté » devient en elle-même une performance.
C’est là que ça me serre.
Est-ce le système qui nous définit ?
Comment définir une vie dite libre quand on reste dans le système ?
Je vous partage ici une observation et peut-être un début de réponse :
Tant qu’on mesure le vrai avec les unités du jeu qu’on voulait quitter, on n’a pas quitté le jeu. On a changé d’écran.
Pour moi, sur Substack, ce qui « fonctionne », ce n’est pas le compteur. C’est quand je rencontre quelqu’un sur mon profil personnel. Quand deux personnes se voient un peu plus clairement grâce à The Aligned Shift, la maison que je construis. Quand je ne veux pas fermer l’appli parce qu’un texte n’essaie pas de me vendre une version améliorée de moi-même.
Ce qui me retient ici, c’est que ces deux réflexions y soient possibles : celle de l’effet miroir, quand les mots que je lis résonnent avec ma propre histoire, et celle du texte qui me pousse à réfléchir.
Peut-être que la seule chose que je veux encore performer, c’est celle-ci : rester assez présente pour lire du vrai et en écrire un peu, sans avoir à prouver que ça marche.
Par Audrey ✨, fondatrice de The Aligned Shift, une maison éditoriale à deux portes : Correspondances | Le Magazine de The Aligned Shift pour les textes, et Paroles de Shifters, le podcast, pour la parole.
The Aligned Shift est un espace éditorial pour ceux qui ressentent le Changement, et pour ceux qui les accompagnent. Sur Substack, l'aventure commence avec le magazine Correspondances et le podcast Paroles de Shifters: des récits, des perspectives et des conversations qui nous aident à partager, à nous connecter et à comprendre, ensemble, ce qui façonne nos vies.



C'est tellement vrai ce que tu décris et j'ai les mêmes ressentis que toi ! Je suis aussi à la recherche de contenus qui laissent voir la personnalité de son auteur, ses forces, comme ses faiblesses, qui sont écrits pour apporter de la valeur, aider, inspirer, instruire, mais sans chercher à tout prix la performance. Personnellement, être submergée de contenus qui sont orientés sur la performance, comment faire pour que tes contenus fonctionnent, pour avoir plus de vues, plus d'abonnés, etc., ça me stresse vraiment !!! Alors je fais en sorte de n'accorder de l'importance qu'aux contenus VRAIS, humains, qui s'inscrivent dans le partage, qui cherchent à résonner avec d'autres personnes, à créer des liens. Les Correspondances de The Aligned Shift en sont le parfait exemple !! ✨