St Tropez. 2009. Un vœu. Une phrase. Une vie réorganisée.
J'ai toujours cru que la vie me donnerait ce dont j'avais besoin au moment précis où j'en aurais besoin. Même dans les moments difficiles cette conviction demeurait en moi, invisible mais bien vivante
Je me souviens de ce poids avant même de me souvenir du souhait.
Il pesait sur ma poitrine et dans ma tête, comme quelque chose qui s’était immobilisé sans pour autant me quitter. Ce n’était pas une sensation aiguë, ni une intensité dramatique, juste une lourdeur. Les jours, les mois passaient, mais en moi, rien ne changeait. Je n’étais pas malheureuse d’une manière explicable. J’étais… bloquée. Comme si la vie avait continué son cours sans moi, sans que je m’en aperçoive.
La veille de l’allumage de la bougie, je le ressentais plus physiquement que mentalement. Une sorte d’immobilité qui n’était pas la paix. Une attente sans but. Une pression de vouloir savoir où aller et que faire mais une douleur d’un vide immense causé par un manque de direction.
Cela faisais quelques mois que j’avais quitté mon travail de rêve chez Cartier. Ma rupture m’était encore très douloureuse. Et il me fallait me reconstruire. Je cherchais quelque chose sans vraiment savoir quoi. Sans doute une guérison, avec du recul.
À St Tropez, sur la Côte d’Azur, je me sens bien. J’y vois toujours des possibilités. Cette année là, en 2009, tout tournait autour de mon activité de coach, et c’est dans le Sud de la France que mon premier projet a vu le jour ! En début d’année, lors d’une visite rendue à ma mère, a émergé l’idée d’y passer l’été en y mettant an place un concept de coaching que j’avais appelé le “Awareness Walk’shop”.
L’été venu, je suis donc allée à St Tropez, auprès de ma mère pour mettre en place ce project. J’espérais revenir chez moi à Amsterdam avec une idée claire de ce qui se passerait à la rentrée de Septembre 2009. Allais-je m’installer au soleil et démarrer mon activité de coach là bas, ou bien allais-je revenir à Amsterdam?
En avril déjà, je préparais ce projet. Sur mon site web, on pouvait lire sur la page de présentation :
Au fil de vos promenades quotidiennes, vous vivrez des moments magiques en pleine nature, tout en vous reconnectant à vous-même. Parmi les fleurs parfumées de la Côte d’Azur, vous apprendrez à vous écouter, à ressentir le lien entre votre énergie et l’Univers, et à vous emplir de nouvelles sensations positives.
Rejoignez-nous pour une expérience exceptionnelle, unique et magique à Saint-Tropez.
Sur la page “About me” je parlais de foi, de lâcher-prise, de laisser la vie m’apporter ce dont j’avais besoin. J’y écrivais: “I decided to just be and let it be.” (“J’ai décidé de simplement Être et de laisser aller”). Quelque chose se préparait à mon insu dans l’Univers, j’en ressentais les vibrations et les exprimais déjà.
En tout cas, écrire sur le lâcher-prise et le vivre, ce n’est pas la même chose. Et cet été-là, j’essayais donc encore de faire quelque chose pour remplacer la lourdeur que la peine de ma récente rupture engendrait. Je cherchais la forme que prendrait ma nouvelle vie.

Malgré l’idée originale de mon projet, rien ne prenait vraiment. L’élan avait été là, les préparations, les partages, les flyers imprimés … mais il retombait sous le résultat de l’échec. Pour être honnête, je sais que je n’ai pas tout fait pour que cela prenne. Et je crois, en fait je suis sûre aujourd’hui, que cela résultait de ma peur viscérale d’être vue. Et du coup, au beau milieu de l’été 2009, je revenais au même endroit : ce vide, cette pression sans direction.
Et puis un soir, lors d’une fête Tropézienne sur un yacht, tout a changé. Sans que je le sache encore. Dans le murmure d’une phrase.
Nous étions trois. Nous étions au bar attendant notre verre quand soudain mon amie Hope se retourne. Elle avait dans les mains deux petites bougies dans des verres qui étaient posées sur le bar du bateau. Elle nous en a donné une chacune, s’est retournée en prendre une pour elle, puis elle a dit, simplement : “Soufflez la bougie et faites un vœu.”
Complètement venue de nulle part.
Un voeu? Euh … Je ne savais pas quoi souhaiter. Vraiment. Il n’y avait rien de préparé, rien de réfléchi. Et c’est alors que j’ai entendu :
“Travel the world and the seven seas.”
Je ne l’ai pas choisi. Je l’ai entendu.
Le lendemain matin, je me suis réveillée avec cette phrase encore là. Je suis allée voir ma mère et je lui ai dit : “Écoute maman, hier soir on m’a demandé de faire un vœu, et je n’ai entendu que ça : travel the world and the seven seas. Alors je crois que c’est ce que je dois faire.”
C’était une phrase. Pas un plan. Pas une décision construite. Simplement une phrase entendue dans le silence d’un murmure profond. Et cette phrase, silencieusement, a tout réorganisé. Le shift s’était produit.
Et comme à chaque fois que je me retrouve dans une situation qui est dans le flow, c’est à dire quand tout semble surfer la vague sans retenue, tout a commencé à bouger à vitesse grand V. C’est là que la décision se révèle être une évidence. Comme si elle avait toujours été là et n’attendait que d’être vue pour se manifester.
Le lendemain matin, donc, j’annonçais à ma mère que j’allais voyager pour suivre ce murmure. Elle se joignait immédiatement à mon idée. Ensemble on décida que se voyage commencerait par un “retour aux sources”.
Les 2 premières destinations étaient décidées: nous partirions ensemble découvrir le Maroc, là où elle est née, puis la Tunisie, là où est née l’une de mes grand-mères. La suite? J’allais commencer à la dessiner quelques semaines plus tard à Amsterdam.
De retour au Pays-Bas, je devais m’organiser: mettre mon appartement en location de longue durée, mettre mes affaires personnelles dans un storage box et acheter les premiers billets. Et pour combien de temps allais-je partir? Je laissai encore une fois la vie en décider pour moi : le temps que les locataires de mon appartement voulaient rester, serait le temps de mon voyage. Et ce fût 1 an.
Un jour de septembre, j’allai prendre un café avec Georgi, un ami israélien rencontré ce même été à St Tropez. Je lui fis part de mon projet de retour aux sources. Et pour lui, c’était une évidence, vu mes origines juives, il fallait absolument que j’ajoute Israël à ma liste.
Pour moi une vraie surprise, même un fort déni sur le moment:
“No way! What the f*** do you want me to do in Israël!?”
Sérieusement ! Pourquoi devrais-je y aller ? Cet endroit était pour moi le symbole de la mort injustifiée et surtout la raison profonde de mon impossibilité à pouvoir être moi-même dans ce monde. Parce qu’un jour, des gens avaient décidé qu’une étiquette mise sur d’autres gens pouvait justifier leur meurtre, ce que représentait Israël à mes yeux c’était le décret d’une différence imposée. Bien que les temps avaient changé, à l’âge de 10 ans, quand j’ai voulu suivre mes copines de classe au catéchisme, mes parents m’ont répondu: “Tu ne peux pas y aller, nous sommes juifs.” Et alors? Ça veut dire quoi exactement “Être” juif ou catholique? Je ne comprenais pas et je ne comprends toujours pas d’ailleurs, surtout que cette “identité” m’était donnée sur la base d’un mensonge, que je ne connaissais pas à ce moment là… mais ça, c’est une autre histoire…
Donc, Georgi m’invita à passer par Tel Aviv et j’acceptai puisqu’il avait finalement raison: cette terre faisait aussi quelque part partie de mes origines après tout. Et voilà! Maroc. Tunisie. Israël. Pas de plan de voyage mais seulement un fil à suivre.
Et c’est sur ce chemin, que les circonstances se sont bien mises en place pour donner à ma vie sa nouvelle direction. Avec maman nous sommes parties le 14 novembre 2009, et 9 mois plus tard, ne voulant pas quitter cette nouvelle vie au soleil après 16 ans passée sous la pluie, je vendais mon appartement à Amsterdam et je décida de voir ce que la vie me réservait à partir de ce moment-là, en Israël, ou ailleurs.
Ce que ce vœu a apporté, je ne pouvais pas l’imaginer en Août 2009 sur le bateau. Le shift engendré me précipita dans un nouveau pays, me fit apprendre une nouvelle langue puis, je l’ignorais bien-sûr : il allait aussi m’apporter ma plus grande joie d’être maman. Et ma plus grande perte: de ne pouvoir l’être comme je l’avais imaginé. Mais surtout ce shift fût le début d’une longue période qui allait finalement se vouloir être le retour à une force que je ne savais pas encore posséder.
Tout ça, dans une phrase entendue. Pas choisie.
C’est ça, la magie d’un vœu véritable, celui dans lequel se trouve la graine d’un shift profond : il ne vient pas de toi. Il vient à travers toi.





